“… immergé dans des sonorités grandioses et lumineuses, plongé dans un état d’apesanteur à la fois déstabilisant et apaisant.”
Établi à Montréal depuis 2001, le compositeur d’origine française signe ici sa première monographie en regroupant des œuvres électroacoustiques composées entre 2007 et 2010, dont une a été revisitée en 2014 à l’occasion de cette parution sur disque.
La musique de Georges Forget est intensément poétique et nous emmène naviguer sur les eaux troubles de l’âme humaine. Toujours en suspension, nous sentons le souffle et le cœur qui bat dans cette musique qui respire amplement, mais qui malgré cela, nous coupe le souffle par son intensité. Bien qu’elle soit empreinte de mélancolie et de fatalisme, voire parfois inspirée de thématiques sinistres (nuit, guerres, solitude), ce qui fascine le plus dans cette musique, c’est que l’auditeur se trouve toujours immergé dans des sonorités grandioses et lumineuses, plongé dans un état d’apesanteur à la fois déstabilisant et apaisant.
À travers six titres, Forget nous transporte de la noirceur resplendissante de la ville qui s’endort (Urban Adagio, 2010) au chant d’une enfant sur la plage et jusqu’en haute mer (L’appel, 2008), en passant par Une île (2009) aussi mystérieuse qu’une femme… Nous ne sommes pas étonnés que la majorité des notes du livret soient des textes poétiques ayant manifestement inspiré les compositions, comme cet extrait de Problèmes prosés de Wahed Gotref qui correspond si bien à l’esprit de l’œuvre Métal en bouche (2008):
Sans nous dérober à la vie, nous sommes-nous néanmoins jamais laissés entièrement aller à son onde, lâchés et souples, impassibles à demain? Pour nous qui n’avons jamais su rêver qu’au passé, demain fut toujours une menace. Et pendant ce temps, nous n’aurons fait que dérober aux choses un peu de leur éclat.
Dans Orages d’acier (2007), la forme est complexifiée par des juxtapositions de moments d’intensité violente et de moments que le compositeur qualifie de «longs espaces de vide», quoiqu’ils sont profondément habités et vivants. Sublimant ainsi, en musique, la violence et l’angoisse de la guerre, l’œuvre se termine sur un chant militaire parfaitement intégré. Charles Baudelaire embarque aussi dans cette odyssée musicale en étant cité dans le livret. L’œuvre révisée du programme, Seul et septembre (2008, rév. 2014), est accompagnée d’une citation de L’invitation au voyage de Charles Baudelaire, dont certains mots, à eux seuls, résument à merveille l’impression générale que nous laisse l’écoute de ce disque:
Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.
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